Une nouvelle étude menée par un collectif du Département de biosciences vétérinaires et du Département de génétique médicale et clinique de l’Université d’Helsinki vient confirmer le rôle essentiel de la socialisation, des activités et du milieu de vie dans les problèmes de comportement liés à la peur sociale chez les chiens de compagnie. (Publication Scientific Reports du 26 février 2020)

La peur reste un problème majeur pour le bien-être de nos chiens de compagnie.

Avant d’être excessive ou pathologique, la peur est initialement un état physiologique naturel, un signal d’alarme contre tout danger, menace ou conflit. Elle est destinée à déclencher une réponse adaptative (VAILLE, 2005). La fonction de la peur est d’augmenter les chances de survie (SHULL-SELCER et STAGG, 1991).

La peur devient anormale ou mal adaptée quand elle apparaît en dehors d’un contexte dangereux ou quand l’intensité de la réponse de peur est excessive par rapport à ce que requiert la situation. Dès lors elle est à l’origine de nombreux problèmes de comportement qui peuvent interférer avec les performances normales du chien, provoquant des niveaux élevés de détresse ou d’anxiété et augmentant le risque de maladies qui pourraient écourter sa durée de vie.

De plus, les comportements problématiques peuvent non seulement avoir une valence négative sur le bien-être du chien mais également sur celui de son propriétaire.

Les problèmes de comportement sont l’une des principales raisons d’abandon et d’euthanasie des jeunes chiens dans le monde. Et ceux liés à la peur sont parmi les plus fréquents chez le chien.

La prévalence de la peur chez le chien varie entre 26 et 44%.

Environ 10 à 19% des chiens montrent (affichent) de la peur vis-à-vis des étrangers ou des chiens. (Références : 16-17-18-19-20)

Résumé

Les comportements problématiques générés par la peur sont une source de mal être pour l’un des animaux de compagnie le plus populaire au monde, le chien domestique.

L’objectif de l’étude était de révéler les facteurs démographiques et environnementaux associés à deux sous-portraits de la peur sociale : la peur des congénères et la peur des personnes étrangères.

Initialement, les données portaient sur 13 715 chiens de 264 races. Après avoir inclus uniquement les chiens craintifs et non craintifs et exclu les individus présentant des réponses manquantes ou incomplètes, les données recensaient 5 973 chiens en « peur des chiens » et 5 932 en « peur des étrangers ».

L’âge des chiens variait entre 2 mois et 17 ans. 51% des chiens étaient des femelles

Les données recueillies ont été traitées par régression logistique.

1. Méthode de travail :

Cette étude a été réalisée via une enquête comportementale en ligne renseignée par des propriétaires et des clubs de race.

Les réponses au questionnaire ont été collectées au cours de la période 2015-2018.

« Le questionnaire était divisé en sept sections principales basées sur différents traits de comportement, y compris la peur des chiens, des étrangers et des situations nouvelles (étiquetées comme «peur»); l’agression envers les membres de la famille humaine et les étrangers (étiquetés comme «agression»); peur du tonnerre, des feux d’artifice et des coups de feu (étiquetés comme «sensibilité au bruit»); peur des surfaces et des hauteurs; inattention et hyperactivité / impulsivité; anxiété de séparation; et comportement compulsif. En outre, le questionnaire comprenait plusieurs questions concernant le contexte et l’environnement de vie actuel du chien, telles que les expériences de socialisation pendant l’âge de 7 à 16 semaines, les activités auxquelles le chien peut éventuellement participer (par exemple, expositions canines, agilité ou élevage), la quantité d’exercice quotidien et le nombre d’autres chiens dans la famille. »

2. Les résultats obtenus

Facteurs démographiques et environnementaux associés à la peur des chiens.

L’analyse de régression logistique a identifié plusieurs facteurs démographiques et environnementaux associés à la peur des chiens, notamment le score de socialisation, la race, la taille du corps, l’âge, le score en milieu urbain, les activités / l’entraînement, l’exercice quotidien et l’interaction entre le sexe et la stérilisation

a) La race a une influence sur la probabilité d’exprimer des comportements de peur vis-à-vis des chiens
b) Les chiens moins bien socialisés entre 7 à 16 semaines ont plus peur des chiens
c) Les mâles entiers ont moins peur des chiens que les femelles intactes. En général, les individus intacts ont moins peur des chiens que ceux castrés
d) Les petits chiens ont plus peur des chiens que ceux de moyenne ou grande taille) Les chiens vivant en milieu urbain ont plus peur des chiens

Facteurs démographiques et environnementaux associés à la peur des étrangers.

Le score de la socialisation et de la race présentait les associations les plus fortes par rapport à la peur des étrangers dans l’analyse de régression logistique

a) La race a une influence sur la probabilité d’exprimer des comportements de peur vis-à-vis des étrangers
b) Les femelles se montrent plus peureuses des étrangers que les mâles
c) Les individus intacts ont moins peur des étrangers que ceux castrés
d) Les chiens moins bien socialisés entre 7 à 16 semaines montrent plus de peur des étrangers
e) Les chiens vivant en milieu urbain présentent une plus grande probabilité d’exprimer des comportements de peur vis-à-vis des étrangers
f) Les petits chiens se montrent plus peureux des étrangers que ceux de moyenne ou grande taille

Les résultats obtenus mettent en évidence le rôle du déficit de socialisation, du manque d’activité et du milieu de vie urbain dans les problèmes de comportement liés à la peur chez les chiens. Les résultats obtenus mettent en évidence le rôle du déficit de socialisation, du manque d’activité et du milieu de vie urbain dans les problèmes de comportement liés à la peur chez les chiens.

1. Socialisation : le niveau de socialisation du chiot entre 7 et 16 semaines a un impact primordial sur le comportement de peur chez le chien. Les expériences et les évènements qui se produisent en particulier de 3 à 14 semaines peuvent affecter de manière significative le comportement du chien tout au long de sa vie. Par conséquent, le développement de la peur sociale peut dépendre fortement de la diversité, de la qualité et du moment approprié des expériences de socialisation.

2. Races : Dans cette étude, le Chihuahua, le Berger des Shetland, et Chien d’eau espagnol représentent les races les plus craintives, Les Pembroke Welsh Corgi, Cairn Terrier et Terrier Irlandais les races les moins craintives.  Fait intéressant, les chances d’exprimer de la peur diffèrent considérablement entre les races les plus et les moins craintives, ce qui suggère que certaines races pourraient être plus sensibles à la peur que d’autres. Cependant, des comparaisons plus précises avec les recherches antérieures sont difficiles car la composition des races dans les cohortes d’études a été très variable. De plus, au lieu des races individuelles, les groupes de races sont souvent utilisés pour suppléer les petits échantillons dans les analyses statistiques. Tout ceci rend la comparaison des résultats des différentes études peu pertinente.

3. La taille : Nous avons découvert que les petits chiens étaient plus enclins à exprimer des comportements de peur que les grands chiens. Ce résultat est en accord avec les études précédentes montrant que la peur des chiens et des étrangers diminue à mesure que la taille des chiens augmente (réf : 39), et que les gros chiens sont en général plus audacieux (réf : 38, 40, 41). Cependant, comme les races les moins craintives incluent également les races de petite taille, la race elle-même pourrait être un facteur plus important que la taille corporelle. Ce résultat souligne le rôle de la prédisposition génétique dans le développement du comportement et des problèmes de comportement. Il suggère que la taille corporelle pourrait être génétiquement associée à la réactivité et à la tolérance au stress chez les chiens.

4. Milieu de vie : Fait intéressant, le milieu de vie du chien était associé à la peur sociale, car les chiens vivant en milieu urbain avaient généralement plus peur des chiens et des étrangers que les chiens vivant dans des zones plus naturelles et agricoles. La relation entre le comportement et le milieu de vie n’a pas été étudiée auparavant chez les chiens, mais des études chez l’homme ont signalé des taux plus élevés de troubles mentaux dans les zones urbaines par rapport aux environnements ruraux (réf : 43, 44, 45). Comme les chiens partagent notre environnement, des facteurs environnementaux similaires pourraient relier cette association chez les deux espèces. De plus, les zones urbaines peuvent être des environnements très mouvementés et stressants, remplies de stimuli différents, de bruits soudains et forts, prédisposant potentiellement les chiens à des problèmes de comportement liés à la peur et autres. Alors qu’en raison de la faible densité de population dans les zones rurales, les chiens qui y vivent sont amenés à rencontrer moins fréquemment congénères et étrangers. Néanmoins, en l’absence de littérature antérieure, aucune autre conclusion ne peut être tirée sur l’association observée entre l’environnement urbain et une peur sociale plus élevée chez les chiens.

5. Activité :  Dans les deux sous-portraits, les chiens ne participant pas ou rarement à des activités sportives ou éducatives avaient une probabilité significativement plus élevée d’avoir peur par rapport aux chiens qui participent occasionnellement ou chaque semaine à des activités sportives ou éducatives. Aussi les comportements de peur ont été associés à l’exercice quotidien. Les chiens faisant moins de deux heures d’exercice par jour se sont montrés plus peureux que ceux qui faisaient plus de trois heures d’exercice par jour. Le manque d’exercice a déjà été associé à une sensibilité au bruit et à la peur des étrangers (réf : 22, 47). Les chiens qui partagent régulièrement des activités avec leurs propriétaires, sont plus aptes à faire face aux situations difficiles et l’habituation aux stimuli aversifs se fait plus facilement. Des recherches antérieures ont démontré que l’enrichissement social et environnemental associé à l’exercice améliore le bien-être des chiens. De plus, les chiens « éduqués » interagissent plus souvent avec leurs propriétaires et le lien homme-chien se voit renforcé (réf : 7, 51). Ainsi, le chien, qui se sentira plus en sécurité en présence de son propriétaire se montrera moins peureux.

6. Différences entre les sexes : Des différences cohérentes entre les sexes dans les comportements de peur ont été observées à la fois dans notre ensemble de données et dans les études précédentes (réf : 22,33, 36, 37, 52, 53). Généralement les femelles ont tendance à être plus craintives que les mâles, aussi bien, vis-à-vis des congénères que des étrangers. De plus, les chiens stérilisés se montrent plus peureux que les chiens intacts. Des résultats similaires ont également été obtenus précédemment (réf : 22, 52, 53). Nous avons détecté une interaction significative entre le sexe et la stérilisation associés à la peur des chiens : les mâles intacts étaient moins craintifs que les femelles intactes, mais les mâles et les femelles stérilisés ne différaient pas les uns des autres. Aucune interaction entre le sexe et la stérilisation n’a été observée dans la peur des étrangers.

7. Age :  Les chiens plus âgés ont montré moins de comportements de peur vis-à-vis des chiens, car la probabilité de peur diminuait après six ans. Une tendance similaire a également été observée dans la peur des étrangers, mais l’association n’était pas significative. Ces résultats sont confirmés par nos études précédentes : Tiira et Lohi 2015 (réf : 22) ont découvert que les jeunes chiens étaient généralement plus craintifs, et Salonen et al.  (réf : 17), ont constaté que les chiens de 4 à 8 ans se montraient les plus peureux vis à vis des chiens et des étrangers. Cependant, des résultats opposés ont également été démontrés (réf : 33,52). Le déclin de la peur avec l’âge suggère que les chiens peuvent s’habituer à des stimuli aversifs et développer des stratégies pour faire face à ces situations. De plus, les propriétaires de chiens craintifs peuvent également adapter leurs actions et apprendre à éviter les situations dans lesquelles le chien se sent mal à l’aise ou ressent de la peur.

Dans cette étude, nous démontrons que la socialisation pendant la « période sensible » est fortement associée à la peur sociale chez les chiens, conformément aux recherches antérieures. Nous avons également reproduit d’autres résultats d’études antérieures, car nous montrons que les chiens craintifs sont plus souvent petits, femelles et castrés, participent moins souvent à des activités éducatives ou sportives et font moins d’exercice. De plus, nous avons identifié plusieurs différences entre les races, suggérant que certaines peuvent être plus aptes à développer des problèmes liés à la peur sociale que d’autres. La plupart des facteurs de risque identifiés étaient communs à la fois à la peur des chiens et à la peur des étrangers, mais nous avons également identifié certains risques spécifiques dans des sous requêtes, telles que l’association de l’exercice quotidien et la peur des chiens, et l’association de l’âge du sevrage et de la peur des étrangers. Nos résultats indiquent que la peur sociale des chiens est affectée par de multiples facteurs démographiques et environnementaux et suggèrent qu’un examen et une gestion attentifs de ces facteurs pourraient améliorer le bien-être des chiens de compagnie

Les références

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