Quand la sélection génétique interroge le bien-être animal

Chiots enfermés dans une cage, attendant d'être vendus lors d'un salon du chiot.

Depuis plusieurs années, les vétérinaires, chercheurs et professionnels du monde canin alertent sur les conséquences de certaines pratiques de sélection chez les chiens de race.

Lorsque certains traits physiques sont sélectionnés jusqu’à l’exagération (museaux raccourcis, plis cutanés excessifs, corps allongés ou crânes disproportionnés) on parle d’hypertypes. Ces caractéristiques morphologiques, très recherchées chez certaines races, peuvent parfois compromettre la santé et le bien-être des chiens.

Des critères physiques aux effets bien réels sur la santé

Difficultés respiratoires, douleurs chroniques, troubles neurologiques, atteintes locomotrices, maladies cardiaques héréditaires… Derrière certaines apparences devenues très populaires se cachent parfois des maladies héréditaires chez le chien et des souffrances importantes, encore insuffisamment connues du grand public.

Le récent dossier publié par l’association Animal Cross remet cette problématique sur le devant de la scène en questionnant les responsabilités collectives autour des maladies raciales d’origine génétique chez le chien.

Sans entrer dans une opposition simpliste entre « chiens de race » et « chiens croisés », ce sujet invite surtout à réfléchir à l’équilibre entre sélection, esthétique, fonctionnalité et bien-être animal, à l’heure où de plus en plus de professionnels s’interrogent sur les liens entre sélection canine et santé.

Comprendre les maladies héréditaires chez le chien

Exemple de maladies raciales d’origine génétique

Tableau avec trois maladies héréditaires chez le chien liées à la sélection génétique

Les maladies raciales d’origine génétique chez le chien regroupent plusieurs types d’affections transmises génétiquement. Elles se divisent principalement en deux grandes catégories.

1 / Les maladies monogéniques

Ces maladies génétiques chez le chien sont liées à la mutation d’un seul gène identifiable. Parmi elles :

  • L’atrophie progressive de la rétine.
  • Certaines cardiomyopathies.
  • La myélopathie dégénérative.
  • La maladie de Von Willebrand.
  • Certaines sensibilités médicamenteuses (gène MDR1).

Aujourd’hui, de nombreux tests génétiques permettent de dépister ces maladies avant reproduction, dans l’objectif de limiter leur transmission au sein des lignées.

2 / Les maladies liées aux hypertypes

Tableau des problèmes de santé liés aux hypertypes chez le chien

Les hypertypes chez le chien correspondent à une exagération de certains traits morphologiques sélectionnés au fil du temps :

  • Museaux très raccourcis,
  • Plis cutanés excessifs,
  • Corps très allongés,
  • Miniaturisation extrême,
  • Crânes disproportionnés.

Le problème n’est pas l’existence d’un « type racial » en lui-même, mais l’exagération de certains critères pouvant compromettre la santé ou le confort de vie du chien.

Comme le rappelle l’Académie Vétérinaire de France, l’hypertype constitue une « dérive à partir d’un idéal racial », lorsque certains traits deviennent excessifs au détriment du bien-être animal.

Autrement dit, quand l’apparence nuit à la santé du chien, la sélection soulève de véritables questions éthiques.

Maladies oculaires liées aux hypertypes

Tableau des maladies associées aux hypertypes chez le chien

Autres maladies fréquentes associées aux hypertypes

Tableau des pathologies associées aux hypertypes chez le chien

Les hypertypes : des souffrances bien identifiées

Races brachycéphales : quand respirer devient difficile

Les chiens brachycéphales (Bouledogue Français, Carlin, Bulldog Anglais, Boston Terrier…) figurent parmi les races les plus souvent citées lorsque l’on évoque les conséquences des hypertypes chez le chien.

Prévalence de la SORB dans trois races brachycéphales

Tableau de prévalence de la SORB dans trois races brachycéphales

Le syndrome obstructif respiratoire brachycéphalique (SORB) peut entraîner :

  • Ronflements importants,
  • Difficultés respiratoires,
  • Intolérance à l’effort,
  • Mauvaise gestion de la chaleur,
  • Troubles digestifs,
  • Syncopes,
  • Chirurgies correctrices parfois lourdes.

Certaines études citées dans le dossier d’Animal Cross montrent une prévalence particulièrement élevée :

  • 64 % chez le Carlin,
  • 59 % chez le Bouledogue Français,
  • 51 % chez le Bulldog Anglais.

Ces chiffres rappellent que les chiens brachycéphales peuvent présenter d’importants problèmes respiratoires, illustrant concrètement pourquoi certains chiens de race souffrent de problèmes de santé liés à leur morphologie.

Le Cavalier King Charles : une race particulièrement touchée

Chien de race Cavalier King Charles courant dans l'herbe vers le photographe

Le Cavalier King Charles Spaniel est souvent cité dans les discussions scientifiques autour des maladies raciales d’origine génétique chez le chien telles que :

  • La maladie valvulaire dégénérative,
  • La syringomyélie / malformation de Chiari.

Ces pathologies peuvent provoquer :

  • douleurs chroniques,
  • fatigue,
  • troubles neurologiques,
  • difficultés respiratoires,
  • paralysies,
  • insuffisance cardiaque.

Certaines études rapportent une douleur présente chez 50 à 90 % des chiens atteints de syringomyélie.

Le Cavalier King Charles fait ainsi partie des races régulièrement citées dans les débats sur les maladies héréditaires des chiens de race et sur les enjeux de la sélection canine et du bien-être animal.

Les races chondrodystrophiques : le poids des sélections morphologiques

Chien de race Basset Hound debout, dans l'herbe

Les Teckels, Bassets, Corgis ou encore certaines lignées de Beagles font partie des races dites chondrodystrophiques, c’est-à-dire présentant une morphologie caractérisée par :

  • un corps allongé,
  • des membres raccourcis.

Si cette silhouette fait partie de leur identité raciale, elle s’accompagne aussi d’une prédisposition importante aux hernies discales et à certaines atteintes vertébrales.

Les conséquences peuvent être lourdes :

  • Douleurs dorsales.
  • Troubles locomoteurs.
  • Paralysies.
  • Chirurgies répétées.

Ces situations illustrent une nouvelle fois comment certaines sélections morphologiques chez le chien peuvent être associées à des problèmes de santé chez les chiens de race, lorsque des critères physiques augmentent le risque de pathologies.

Dysplasie et atteintes locomotrices : les grandes races ne sont pas épargnées

Chien Berger Allemand couché dans l'herbe

Les maladies héréditaires chez le chien ne concernent pas uniquement les races brachycéphales ou les chiens aux morphologies très particulières.

Le dossier rappelle notamment la fréquence persistante de la dysplasie de la hanche chez plusieurs grandes races, parmi lesquelles :

  • Le Berger Allemand,
  • Le Golden Retriever,
  • Le Cane Corso,
  • Le Boxer,
  • Le Berger Australien,
  • L’American Staffordshire Terrier.

Dysplasie de la hanche

Très invalidante, la dysplasie de la hanche chez le chien reste encore insuffisamment dépistée en France. Seuls 6 à 10 % des chiens à risque seraient testés, et parmi ceux dépistés en 2020, 12 % étaient atteints, contre 11 % en 2011.

Tableau prévalence de la dysplasie de la hanche chez les chiens de races

Ces atteintes peuvent générer :

  • Douleurs chroniques.
  • Boiteries.
  • Fatigue.
  • Limitation des activités.
  • Irritabilités liées à la douleur.

La consanguinité : un facteur aggravant majeur

Le dossier sur les maladies raciales d’origine génétique chez les chiens souligne également l’impact de la consanguinité dans l’augmentation des maladies héréditaires.

Lorsque des chiens génétiquement proches sont reproduits ensemble, le risque d’expression de mutations récessives augmente fortement.

Les travaux du Dr vétérinaire Grégoire Leroy sur la génétique des races canines montrent notamment :

  • une diminution de la diversité génétique,
  • une fragilisation des lignées,
  • une réduction possible de l’espérance de vie chez les chiens fortement consanguins.

La consanguinité canine est aujourd’hui considérée comme un facteur majeur dans la réflexion autour des problèmes génétiques chez les chiens, car elle peut accentuer la fréquence de certaines pathologies déjà présentes dans une race.

Une question éthique et collective

Depuis plusieurs années, la WSAVA, la FECAVA, la Fédération vétérinaire européenne, l’Académie Vétérinaire de France et Vet Agro Sup alertent publiquement sur les conséquences des hypertypes chez le chien et de certaines sélections génétiques extrêmes.

Le sujet ne concerne pas uniquement les éleveurs ou les vétérinaires. Il interroge également :

  • Les standards de race,
  • Les effets de mode,
  • La demande du public,
  • Les critères esthétiques valorisés,
  • Notre rapport global au vivant.

En filigrane, une question demeure : « Pourquoi certains chiens de race souffrent-ils de problèmes de santé liés à leur sélection ?« 

Cette réflexion dépasse la seule question de la génétique et interroge plus largement les choix collectifs qui façonnent aujourd’hui certaines races de chiens.

Vers une sélection plus équilibrée pour la santé ?

De nombreux professionnels du monde canin travaillent aujourd’hui à faire évoluer les pratiques :

  • Amélioration des critères de sélection,
  • Développement des tests de santé,
  • Limitation de la consanguinité,
  • Prise en compte du bien-être fonctionnel,
  • Révision progressive de certains standards.

L’objectif n’est pas d’opposer passion des races et bien-être animal mais bien de rechercher un équilibre plus respectueux de la santé physique et émotionnelle des chiens.

Comme le rappellent de nombreux vétérinaires : « Un chien ne devrait pas souffrir pour correspondre à un idéal esthétique« .

À l’heure où les connaissances progressent, la question n’est donc plus seulement celle des maladies héréditaires chez le chien, mais aussi celle de notre capacité collective à concilier sélection canine et bien-être animal.

Références scientifiques et sources citées

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