La coprophagie chez le chien : causes et solutions

Personne qui ramasse les crottes d'un chien avant qu'il ne les mange

On appelle « coprophagie » le comportement qui consiste à ingérer des matières fécales. Le chien peut manger ses propres fèces, ou celles d’un congénère ou celles d’une autre espèce animale. Les humains sont souvent dégoûtés par ce comportement, surtout lorsque le chien décide ensuite d’aller leur lécher le visage. Néanmoins, il s’agit d’un comportement normal. Faut-il s’en inquiéter ? Comment le prévenir ou le supprimer ?

Qu’est-ce que la coprophagie exactement ?

La coprophagie fait partie du répertoire comportemental du chien. Ce n’est pas une « anomalie » mais un comportement ancré dans son évolution de carnivore opportuniste. Chez le chien domestique, ce comportement peut parfois devenir excessif lorsqu’il est renforcé par le contexte ou par l’humain, volontairement ou non. Bien comprendre le monde sensoriel du chien permet de s’affranchir d’une moralisation sanitaire anthropomorphique.

Pourquoi les chiens mangent-ils des excréments ?

Les causes de coprophagie peuvent être naturelles, médicales ou comportementales.

Coprophagie : les causes naturelles et instinctives

Chez la chienne et ses chiots

A la naissance, les chiots sont regroupés sous la mère, sourds et aveugles, encore très peu développés. L’immaturité sensorielle et des sphincters oblige la mère-chien à stimuler la zone anale par léchage afin d’aider le jeune à éliminer ses excréments. Sans cette prise en charge maternelle, le nouveau-né meurt, intoxiqué par ses matières fécales et ses urines. La mère ingère alors les selles du nouveau-né. Elle nettoie ainsi le nid et ses abords.

Durant la période d’exploration du chiot

À l’âge de trois semaines, débute la période des explorations et des interactions avec l’environnement. Forts de toutes leurs capacités perceptives, les chiots mettent en gueule tout ce qu’ils trouvent. L’exploration est essentiellement orale avec peu de capacité discriminative. Ils peuvent avaler certains objets non alimentaires et les selles s’avèrent très attractives par leur odeur. La mère continue aussi de les ingérer jusqu’au moment du sevrage, vers l’âge de cinq semaines. Il est possible que les chiots commencent à le faire par accentuation sociale. Le chiot joue avec ses frères. Ils émettent leurs crottes au cours des déplacements de jeu, peuvent marcher dedans et ensuite se lécher. Là encore, il ne faut pas considérer cela comme anormal ou pathologique. Les préoccupations sanitaires humaines n’ont rien à voir avec le monde sensoriel et ludique du chien.

Chez le chien adulte

A l’âge adulte, le chien exprime des comportements de prédateur carnivore. Dans la nature, il chasse des proies dont il ingère naturellement le contenu du tube digestif. L’appétence, associée à l’apport de certains nutriments, a permis de conserver ce comportement naturel et utile lorsque le chien n’est pas nourri par l’homme. Malgré un apport d’aliment apprécié, suffisant et équilibré, le chien domestique garde l’instinct d’ingestion d’excréments dont l’odeur est fortement attractive.

Les causes de coprophagie excessive

La coprophagie parfois excessive peut correspondre à des causes médicales ou comportementales.

Les causes médicales de la coprophagie

Les causes médicales sont bien identifiées et peu fréquentes.

  • Lors de malnutrition et d’insuffisance d’apport alimentaire, le chien s’oriente vers les excréments et les ingère d’autant plus aisément.
  • Lors de parasitisme digestif, d’aliments faiblement digestibles ou d’insuffisance pancréatique (déficit en enzymes digestives), le chien est susceptible de rechercher et d’ingérer plus fréquemment ses excréments.

Les causes comportementales et environnementales

En dehors de ces causes organiques, il s’agit d’un comportement normal qui s’adapte aux situations quotidiennes et répondent à contraintes environnementales imposées par l’humain.

  • Les chiens nombreux confinés en chenil et bénéficiant de peu de sorties sanitaires ont tendance à manger leurs crottes. En effet, le chiot, naturellement fait ses besoins à distance des lieux de repas et de couchage. S’il est obligé de tout faire au même endroit, il peut être tenté d’ingérer ses crottes afin de les éliminer du lieu de repas ou de repos.
  • Maintenu en chenil avec peu d’activité, le chien reporte son besoin d’exploration sur une activité annexe, l’ingestion des selles à sa portée. Le désœuvrement peut inciter le chien à les manger sans autre motivation que l’ennui.
  • Les chiens qui voient d’autres chiens manger des crottes peuvent être tentés d’en faire autant. En groupe, de nombreux comportements sont appris par facilitation sociale.
  • Dans un contexte familial, en promenade, le chien qui mange ses crottes ou celles d’un congénère provoque une réaction de son maître qui cherche à l’en empêcher. Le maître crie ou tire sur la laisse. La première fois, le chien lâche la crotte ou l’ingère très vite. Il apprend donc progressivement à l’avaler de plus en plus vite avant que son maître n’ait le temps de lui dire « non ». Il en fait un jeu et attire aussi l’attention du maître par ce comportement, qui devient très vite un comportement appris et renforcé.
Un chien tenant une balle dans la gueule jouant avec son humaine dans le salon et entouré de jouets.

Comment réagir si mon chien mange ses crottes ?

En dehors des situations médicales décrites, la coprophagie systématique est le fruit d’un apprentissage. Elle peut donc être supprimée par apprentissage. En effet, l’ingestion des selles par le chien constitue une récompense, soit pour échapper à leur présence à proximité du lieu de couchage, soit pour échapper à la sanction du maître, soit pour attirer l’attention. Dans tous les cas, l’appétence constitue un puissant renforcement positif naturel.

Prévention et éducation

Il est conseillé, dès le plus jeune âge, de sortir fréquemment le chiot pour lui éviter de déféquer à l’intérieur et d’ingérer ses selles pour nettoyer les lieux. Dans un pavillon, le mieux est de sortir le chien hors du jardin afin qu’il ne retrouve pas ses selles peu de temps après les avoir produites.

Rééducation en promenade

En promenade, on peut utiliser une longe et, lorsque le chien se retourne après avoir fait ses besoins, l’attirer en l’appelant et en tirant légèrement sur la longe puis donner une friandise dès qu’il vient. Il faut créer un conflit de motivation afin que le chien soit plus attiré vers le maître et sa récompense que vers les crottes. Il faut être attentif au moment où le chien a presque fini de déféquer, afin d’intervenir suffisamment vite pour canaliser son attention vers une autre issue que l’ingestion immédiate. Il est possible de lui donner d’emblée une friandise, comme décrit ci-dessus, ou bien d’accélérer le pas, courir, et entamer un jeu en s’éloignant rapidement du lieu d’émission. Cela permet au chien d’oublier l’attirance qu’il pourrait ressentir pour ces matières encore chaudes.

Il est bien sûr conseillé de promener le chien lorsqu’il est rassasié et non à jeun.

Que faire si mon chien mange quand même les crottes ?

Lorsque le chien s’éloigne et réussit à attraper des crottes hors de la surveillance du maître, il est impératif de ne pas réagir et d’ignorer le méfait. On peut aussi se cacher pour que le chien vive un stress de perdre le maître pendant qu’il ingère les crottes. S’il a peur de perdre son maître, il peut associer ce stress au moment de l’ingestion et abandonner l’ingestion au profit de la recherche du maître. Mais s‘il a déjà ingéré les crottes, il est inutile de le disputer.

Cas du chien puni pour ses besoins à l’intérieur

Si le chien a appris à ingérer ses crottes émises à l’intérieur pour éviter la sanction, donc par renforcement négatif, il est essentiel de réapprendre au chien à faire ses besoins dehors exclusivement par renforcement positif. La coprophagie disparaît alors de fait car le chien ne fait plus ses besoins dedans.

En résumé

La coprophagie chez le chien, bien que déroutante pour l’humain, est avant tout un comportement inscrit dans l’éthogramme de l’espèce canine. Elle répond à des motivations naturelles, médicales ou contextuelles et ne traduit pas forcément un trouble. Lorsque le chien est éduqué avec bienveillance, dispose d’un environnement adapté et bénéficie de suffisamment de stimulations, ce comportement tend à disparaître de lui-même.

En cas de doute, une consultation vétérinaire peut permettre d’écarter une cause organique, puis un travail avec un éducateur comportementaliste canin formé en méthodes respectueuses aidera à réorienter les apprentissages. Comprendre le pourquoi de la coprophagie, c’est déjà savoir y répondre sans punition inutile.